J’arrive en bas sans encombre, à croire que les zeds n’aiment pas les cages d’escalier. J’entrouvre discrètement la porte. Je ne vois rien de spécial sauf un tas de zeds au loin en train de faire des courses. Par chance le plan du magasin et juste devant moi. Je cherche rapidement les épiceries, car je suis venu prendre tout ce que je peux en bouffe non périssable. Des boites de conserve c’est bien la seule chose qui soit encore mangeable ici. Punaise un Leonidas est présent, dommage, mais je pense que le chocolat c’est foutu.
Hum cependant un magasin attire mon œil. « Au pays des conserves » si ce n’est pas un signe du destin, je ne sais pas ce que c’est. Je prends une photo du plan pour me diriger vers lui. Un sentiment bizarre me traverse, sans réfléchir plus longtemps je me baisse pour être à ras de terre quand la porte explose en mille morceaux. Mon ami le géant et de retour et visiblement très énervé. Peut-être aussi un peu intelligent vu qu’il m’en veut à mort et me cherche ce con-là. Il se met à hurler comme un fou. Si bien que la horde au loin se dirige vers moi.
Bon pas le temps de discuter mon grand j’ai piscine, mais une prochaine fois on papotera avec plaisir. Je pars en courant à l’opposé de mon objectif conserve et me dirige vers un magasin de bricolage. Si je n’arrive pas à trouver une arme correcte là-bas j’irai chez Jouet Club.
Un véritable paradis, du matériel de la mort en tout genre. Tout le monde s’est jeté sur la bouffe, alors qu’ils auraient dû prendre des trucs ici. Je me retourne, le géant assoiffé de sang n’est pas loin, et la horde se rapproche plus vite que prévu. Je regarde rapidement autour de moi, une hache, un chalumeau, une boite de clous, des disques de scie circulaire. Bon j’ai de quoi faire une arme de la mort, mais je n’ai pas toute la nuit non plus. J’attrape la hache, le chalumeau et la boite de clous. Je me mets à l’œuvre. En un rien de temps je viens de mettre sur pieds une hache à pointes. Je suis tout fier de mon petit bébé. Je me retourne pour faire le point sur mes assaillants.
J’ai perdu de vue le géant, emporté par la vague de zeds. Je remets les yeux sur mon bijou et une main décomposée m’attrape le bras. Un zed était derrière le comptoir et il faut croire que mon bricolage la remit sur pieds. Le temps d’attraper mon arme, je lève la hache. En levant la main, je ne fais qu’aider le zed à se relever plus vite. La vache, le type derrière le comptoir a dû passer un sale quart d’heure vu son état. Je suis presque capable de compter les neurones qui lui restent étant donné que la boite crânienne du pauvre malheureux est à l’air libre.
Mais pas le temps de rêvasser, je serre le poing qui me reste de libre. Je lui mets un uppercut, je sens le reste de la tête craquer sous la force de mon coup. Je remets le couvert une seconde fois. À ce moment, la tête part en arrière, il ne reste plus grand-chose du zed, mais sa main crispée et froide reste sur mon bras. Avec ma hache j’arrive à me libérer. Le temps de revoir où est la horde. Je blêmis lorsque je constate que les premiers zeds sont déjà rentrés dans le magasin. Je n’ai pas beaucoup d’échappatoires. Il n’y a qu’une sortie et pour le moment elle est bouchée par des lambeaux de viande à pattes.
Je regarde autour de moi, il n’y a pas grand-chose d’utile à part des objets tranchants, écrasants, lourds et encombrants. Je me recule face à l’odeur nauséabonde de cette foule macabre. Je bute sur une bouteille de gaz, c’est peut-être mon ticket de sortie. J’attrape rapidement un briquet dans mon sac, prends un bout de chemise crasseuse et j’ouvre le gaz. Un pschhhhh en sort, j’enroule mon bout de tissu autour du goulot, l’allume et je lance cette bombe artisanale dans le tas de viande en face de moi. Je me mets à l’abri derrière le comptoir. À peine ai-je touché le bar, qu’une déflagration me bouche les oreilles et l’onde de choc me propulse à l’autre bout du comptoir.
Une fois au sol, c’est une pluie d’organe que je prends sur la tête. Je regarde discrètement, ravi de constater que plus de la moitié de la horde est éparpillée dans toute la pièce. De terribles acouphènes me font mal à la tête, je ne suis même pas capable de trouver mes points de repère. Je titube, je cherche la stabilité. Je viens de me faire bousculer par un zed. Visiblement il n’en a pas après moi. Je pue autant que lui sinon plus. Je profite de la situation pour me diriger vers la sortie. En râlant comme eux, en titubant, je m’approche de la sortie. Autour de moi ce ne sont que des morceaux d’humains, certains bouts bougent encore. D’autres sont complément étalé contre les murs.
Je glisse sur le sol maculé de sang, mes pas sont amortis par des tas d’organes décomposés et en piteux état. Me voilà enfin sorti du magasin, je me retourne pour constater les dégâts. On dirait un jour de solde avec 50% de réduction sur les sextoys. Pourtant je n’arrive pas à bluffer le géant, il s’approche de moi, et je lis dans son regard qu’il comprend que je ne suis pas un mort. Il lève sa masse et hurle comme un fou, j’évite le coup et part en courant en direction de conserv’land.
Je lance un regard rapide par-dessus mon épaule pour voir le géant. Il va être un problème pour moi. Il m’en veut visiblement, je vais avoir beaucoup de mal à l’éliminer. Je n’ai rien pris d’assez puissant pour le démolir. Ma chance c’est qu’il est lent. Mon problème c’est qu’il me sent de loin et que même avec mon camouflage olfactif ça ne prend pas avec lui. Je regarde mon plan, et me dirige à toutes jambes vers l’épicerie. Je n’ai plus qu’à tourner à droite pour être devant la vitrine. Sur place mon visage se tord, la haine, déception tout y passe.
La devanture du magasin est complètement anéantie. Tout est cassé, et les rayons à l’intérieur sont tous sens dessus dessous. Visiblement pas grand monde dedans. Je ne vais pas réfléchir cent ans, c’est mon objectif de la journée et j’ai perdu assez de temps comme ça. Je pénètre dans le magasin, un zed errant me saute dessus, je l’évite, fait tourner ma machette, termine mon geste à la base de son cou, ce qui décapite net le cadavre ambulant.
Je regarde au sol, il y a plein de conserves, certaines ouvertes, d’autres encore fermées. J’ouvre mon sac et enfourne tout ce que je peux dedans. Je vois passer des menus pour les prochains mois de survie. Des fayots crème fraiche, du canard confit, du cassoulet, putain ça va être la teuf au repère. Je suis tellement pris dans mon cambriolage de conserves que je ne prends pas garde à ce qui m’entoure. Mais je peux toujours compter sur mon instinct de survie. Soudain, plus de bruit autour de moi, mes sens sont en ébullition, il va se passer quelque chose d’imminent et de violent. Un hurlement, un craquement d’os, soudain j’aperçois une moitié de zeds me sauter dessus. Mais c’est une moitié inoffensive.
Je me demande ou est le reste. Je contourne le rayon, et je vois une chose terrible. Un truc … un machin … un putain de monstre …. Je ne distingue que quelques taches fluorescentes. Un violet fluo qui laisse à penser que cette …. Chose est un monstre irradié par je ne sais quoi …. Elle est en train de bouffer l’autre moitié du zed, la partie intéressante avec la tête et le cœur. Plein de vitamine tout ça. En tentant de repartir dans l’autre sens, avec toute la discrétion du monde, je bute dans une conserve. La chose s’arrête net et se retourne vers moi. Ses yeux d’un rouge aussi luisant que les taches violettes de son corps me dévisagent. Il pousse un hurlement terrifiant. Sa mâchoire s’ouvre en deux et laisse passer un filet de bave rouge sanglant.
Il me jette son bout de viande à la figure, je l’évite et je l’aperçois qui se rapproche de moi. Il est super agile, et il m’atterrie dessus. Cette force c’est incroyable. Cette chose est blindée de testostérone, j’ai pas mal de soucis pour m’en dépêtrer. Je saisis un canard confit qui traine par-là, et lui écrase la conserve sur la tronche. Cette action le fait lâcher prise, j’en profite pour lui mettre un coup de pied et l’éloigner de moi. Je me relève à toute vitesse et part en courant vers la sortie du magasin.
Mais bon j’ai bien vingt kilos de conserve en plus. J’ai mal partout et si je me rappelle bien, la sortie principale ne sera pas praticable. Il va me falloir sortir par là ou je suis entré. Mais je n’ai plus de moyen de locomotion. Le parking souterrain sera mon dernier objectif de la journée. Je vais bien trouver une caisse là-bas. Mais que vais-je trouver aussi …..
Encore un regard derrière moi, ce chasseur radioactif ne me lâche pas les pompes. Je lui mets des obstacles sur son passage, mais rien n’y fait. Il a beaucoup d’agilité, plus que prévu, ce n’est pas un touriste le monsieur. Je repère le mot parking pendant ma course, je me dirige dans cette direction quand mon dernier regard me fait sursauter. Le rapace est à moins d’un mètre de moi. J’attrape ma machette, je me fige et repars dans l’autre sens pour lui faire face. Arme à la main, la lame affutée rentre au niveau du cœur. J’esquive l’élan de la bête, donne un coup de machette dans le dos au niveau de la base du cou. Plus solide que les tas de viande, je n’arrive pas à le décapiter.
Mais pris dans sa course il s’écroule contre le mur. Je le regarde, c’est stupéfiant, il se relève et visiblement il est bien en colère ! Je ne perds pas plus mon temps, je repars en direction du parking sous-terrain. J’aperçois la lourde porte en fer, on peut lire « accès parking ». De lourds pas arrivent derrière moi, après vérification c’est ce monstre qui est sur pied, visiblement l’hémorragie au niveau de son torse ne le dérange pas. J’attrape la poignée de la porte, l’ouvre, et la referme aussitôt. Je bloque la porte et j’attends l’impact du monstre. C’est chose faite, un grand « boom », mais la porte tient bon. Un second coup, toujours bon pour les charnières. Je tente d’allumer la pièce ou j’ai atterri, mais rien.
J’utilise donc ma lampe torche pour voir un peu plus clair. C’est une vision d’horreur que j’ai en face de moi. Des monceaux de cadavres, tous en pièce, du sang plein les murs, des organes disséminés partout dans la pièce. Je repère un cadavre avec une lampe torche un peu particulière. C’est une lampe à UV, mais pourquoi avoir ceci ici ? Il voulait faire bronzette ? J’attrape cette torche, elle fonctionne. Je vais la garder, on ne sait jamais ça peut m’être utile. Je n’entends plus l’autre sauvage de l’autre côté de la porte. Mais un bruit me glace le sang, un bruit qui vient du plafond. Je n’ai pas le temps de trouver de quoi il s’agit que déjà le monstre fait son apparition dans la pièce.
À croire qu’ils sont intelligents en plus ces cons ! Sous la panique, j’attrape la lampe à UV et lui en mets pleins la figure. Je suis ravi de voir que les UVs le brulent. Les taches fluos de la bête s’en sont que plus lumineuses. Il est en train de cuire, il finit par disparaitre dans le plafond. « EXIT » voilà qui est bon, je me dirige vers la sortie.
Il fait très sombre dans ce parking, en même temps qui est l’abruti qui a coupé le jus ? Je suis ravi de voir qu’il y a toute une collection de bagnoles ici. Certaines encore en très bons états, visiblement tout le monde n’a pas réussi à rejoindre sa voiture. Les voies sont encore libres. Il me faut trouver une caisse à démarrer à la main. Dans ma folle jeunesse, j’ai trafiqué la voiture de ma mère que j’arrivais à démarrer sans clé. Avec un peu de chance, je vais trouver ce que je cherche ici. Des bruits gutturaux, des bruits de mastication sont très intenses dans le parking. Dans cette obscurité, j’utilise la lumière des champignons fluorescents présents un peu partout dans les zones d’ombre depuis l’épidémie.
Mon jour de chance, en tout cas c’est bien parti, j’ai en face de moi la même caisse de l’époque de ma mère. Cependant le point noir c’est que c’est carrément le pique-nique des rapaces. Au sol il y a toute une collection d’os, d’organes et des cadavres à moitié bouffés. Ça pue c’est une infection, mais bon, j’ouvre mon sac, je cherche un truc qui ferait du bruit pour les attirer loin de la voiture. Une grande idée vient de me traverser la tête. Je vais fabriquer une bombe à UV. Avec ce que j’ai sur moi ça devrait le faire.
En plus si mes souvenirs sont bons, je n’aurai pas besoin de beaucoup de temps pour démarrer la voiture. En quelques minutes et en faisant le moins de bruit possible, je viens de mettre sur pieds une grenade ultra-violette. J’arme l’engin et la jette bien loin de ma position. Un sifflement se fait entendre et j’observe les rapaces. Ils se mettent à courir dans la direction du piège. Avec la couverture du bruit, je me jette sur la voiture. Bon c’est mon anniversaire, je ne vais même pas me prendre la tête à la forcer, la personne est encore dedans, les clés dans les mains.
Je dégage ce cadavre de la voiture. Attrape les clés, démarre dans un vrombissement terrible et je me dirige vers la sortie. Tout ce bruit n’a fait qu’attirer les zeds encore sur pieds et les rapaces ont opéré un demi-tour. Ma bombe fait effet à l’instant, une lumière vive et bleutée fait son apparition. Les rapaces en prennent pour leur grade. La cuisson est instantanée et bien cuit s’il vous plaît. Je me dirige rapidement vers la sortie du parking. Un peu de offroad sur les cadavres vivants ou morts, peu importe. Le tout c’est d’avancer en direction de la sortie. Enfin la barrière, j’écrase la pédale, ma titinette a de plus en plus de mal. Tout comme mon Goliath, elle souffre de surchauffe.
J’arrive devant la barrière je ne me sens pas bien. Une énorme masse vient s’écraser sur mon parebrise maculé de sang. Le géant est encore là, il ne veut pas me lâcher lui …. Je fais une embardée pour tenter de lui rouler dessus, mais rien n’y fait, je ne vois plus rien. Je ne m’arrête pas pour autant. Toujours pied au plancher, je ne lâche rien. Je sens des chocs réguliers. J’entends des râles, des bruits d’os brisés. Titinette n’en peut plus, elle chauffe beaucoup trop. Un voyant rouge s’illumine. En plus de la fumée maintenant c’est un gros manque de puissance. Je stoppe net le véhicule me rappelant de mon pauvre Goliath. Et me dirige vers le toit le plus proche pour être à l’abri.
Mais avec le poids sur mon dos et le mur de zed en face de moi ça risque d’être coton de passer. Mais je ne me démonte pas, je tente un truc que j’ai toujours rêvé de faire. Je saute, pose un pied sur la tête de la première ligne et me propulse encore plus haut. J’arrive à choper la gouttière qui ne cède pas sous mon poids. Je me retourne et vois toute cette bande d’affamé mort de faim me regarder. VOUS VOULEZ ME BOUFFER LES CHIPOS ? Je regarde où je suis et je me dirige vers mon abri. Je pense que ce soir c’est festin de chef.
Que ne faut-il pas faire pour un an de survie, l’an prochain ce n’est pas moi qui m’y colle ….