L’univers d’Alien a toujours entretenu un rapport particulier avec le jeu vidéo. Depuis les premiers titres inspirés du film de Ridley Scott, chaque décennie a cherché à réinterpréter la créature et, surtout, ce qu’elle représente : la peur, l’inconnu, l’absence d’issue. Contrairement à d’autres licences cultes, Alien ne se contente pas d’un seul genre. Il se réinvente constamment, oscillant entre survie, tir frénétique, gestion tactique et horreur pure.
Pour comprendre ce que Alien Rogue Incursion apporte à cet héritage, il faut jeter un œil à trois titres récents qui ont marqué leur époque chacun à leur manière :
Alien Isolation : la peur à l’état brut
Sorti en 2014, Isolation a défini le standard moderne du survival horror. Ici, pas de fusil d’assaut plein de munitions : juste un détecteur de mouvement, quelques outils de fortune, et un Xénomorphe qui ne suit pas de script.
L’alien rôde, écoute, apprend. Chaque couloir devient un piège, chaque cachette une illusion de sécurité.
C’est un jeu d’évitement, d’observation, de tension absolue, la vision la plus proche de la terreur du premier film.
Alien Fireteam Elite : l’action coopérative
En 2021, Fireteam Elite a pris le contre-pied total d’Isolation.
Place au tir, au bruit, aux classes, aux compétences. Une approche plus arcade, pensée pour jouer à plusieurs et nettoyer des vagues de Xénomorphes.
Pas de mystère, pas de silence : tout est dans le rythme et l’adrénaline.
C’est une célébration de l’univers militaire d’Aliens, celui de James Cameron.
Alien Dark Descent : la stratégie sous pression
En 2023, Dark Descent est venu rappeler que l’univers Alien pouvait aussi s’exprimer à travers la tactique et la gestion de ressources.
Le joueur dirige une escouade, prend des décisions sous tension, improvise pour éviter la catastrophe.
C’est un jeu où l’erreur se paye cher, où chaque mission devient une lutte psychologique autant qu’un défi de stratégie en temps réel.
Le stress de l’inconnu y est omniprésent, mais porté par la réflexion plutôt que la peur viscérale.
Ce qui rend la licence si fascinante, c’est cette capacité à se transformer sans jamais trahir son essence : l’isolement, la menace invisible, et la sensation d’être chassé.
Dans cette lignée déjà riche, Alien Rogue Incursion, sorti le 30 septembre 2025 vient proposer sa propre lecture du mythe.
Un FPS rigide, lourd, oppressant, qui ne cherche pas à séduire tout le monde mais assume son identité : celle d’un jeu qui veut faire ressentir le danger, le vrai, celui qui ne pardonne pas.
Un jeu qui reprend les codes de la saga pour les ramener dans un cadre différent, quelque part entre la survie, la chasse et la fuite.
Si l’univers Alien t’habite déjà, tu seras en terrain connu.
Si tu le découvres, accroche-toi : l’incursion commence à peine.

Survios : un studio orienté VR, maintenant face à un défi plus large
« Alien: Rogue Incursion » est développé et édité par Survios.
Le studio, basé à Los Angeles, s’est d’abord fait connaître pour ses expériences en réalité virtuelle, avant de s’attaquer à un projet ambitieux : porter l’univers Alien dans un format immersif, mêlant survival-horror et action avec la lourdeur, le stress et l’angoisse que cela implique.
Le moteur : Unreal Engine 5
Le jeu utilise le moteur Unreal Engine 5
Ce choix technique permet de rendre avec réalisme les environnements industriels, la lumière dynamique, les ombres, les effets d’atmosphère (fumées, particules) des éléments essentiels quand on cherche à instaurer une ambiance oppressante, angoissante, proche de celle des films.
Ainsi, les couloirs métalliques, les surfaces froides ou corrodées, les éclairages clignotants ou partiels, participent pleinement à l’immersion.
Genèse et développement du jeu
- Le projet a été officialisé en 2022, avec l’annonce du développement de Rogue Incursion.
- Le jeu a été conçu initialement pour la réalité virtuelle, avec une sortie VR en décembre 2024
- Face à l’engouement et les retours positifs, Survios a décidé d’adapter le jeu à des plateformes traditionnelles (PC, PS5, etc.), via une version « flat-screen » nommée Alien: Rogue Incursion – Part One: Evolved Edition. Cette édition est sortie le 30 septembre 2025 sur PC et PS5.
- Le passage de la VR à l’écran classique nécessite une refonte importante : contrôles adaptés, repenser les mécaniques, ajuster le gameplay et l’équilibrage tout en conservant l’atmosphère anxiogène.
Une ambition claire : immersion, horreur et respect de la saga
Avec Alien: Rogue Incursion, Survios ne vise pas le blockbuster bourrin. Le pari est différent : rendre l’horreur, la tension, la peur non pas à travers le spectacle ou l’action frénétique, mais par l’immersion, la cohérence visuelle, sonore, et le sentiment de vulnérabilité.
Le studio sait que son public est exigeant : fans de l’univers Alien, amateurs de frissons, joueurs cherchant autre chose qu’un simple shoot. L’approche est assumée, presque radicale : faire de chaque couloir, de chaque porte, de chaque silence, un risque.

Gameplay & Histoire – Un FPS lourd, brutal, mais subtilement narratif
Alien Rogue Incursion ne cherche pas à être un FPS classique.
Il ne s’inscrit ni dans la tendance des shooters ultra fluides façon Doom, ni dans l’action coop de Fireteam Elite.
Le jeu assume au contraire une rigidité palpable, presque archaïque mais parfaitement volontaire.
Cette lourdeur fait partie de son identité, et elle est au cœur de la tension que le jeu veut générer.
Un FPS où chaque mouvement a un poids
Dès les premières minutes, on comprend que le personnage n’est pas un marine d’élite.
Les déplacements sont lents, l’armement limité, et chaque geste demande un temps d’exécution réel :
- épauler une arme prend du temps,
- recharger expose le joueur,
- le détecteur de mouvement bip toujours avec un léger décalage, comme pour entretenir le doute,
- la respiration du personnage devient audible, signe que sa panique est aussi la tienne.
Ce n’est pas un manque d’optimisation : c’est un choix de design.
Le joueur doit sentir la vulnérabilité, la fragilité, l’hésitation avant d’ouvrir une porte coulissante trop silencieuse.
Une gestion des ressources particulièrement serrée
Le jeu ne veut pas que tu sois armé jusqu’aux dents.
Il veut que tu réfléchisses, que tu observes et, parfois, que tu renonces à un affrontement juste pour survivre.
Une IA de Xénomorphe agressive et imprévisible
Le cœur du gameplay repose sur une IA qui privilégie l’embuscade et la pression psychologique :
- les Xénomorphes se faufilent dans les ombres,
- ils utilisent les conduits d’aération,
- ils peuvent contourner le joueur plutôt que foncer dessus,
- certains te suivent silencieusement sur plusieurs dizaines de mètres sans attaquer, uniquement pour te pousser à la faute.
Tu n’es jamais préparé.
Même armé, même éclairé, tu n’as jamais vraiment l’avantage.
Une histoire simple mais efficace
L’intrigue de Rogue Incursion reste volontairement contenue.
Elle s’inscrit dans cette tradition Alien où un incident industriel banal se transforme en huis clos infernal.
Le contexte
Vous incarnez Elias Renn, technicien en sécurité mandaté pour inspecter une station minière qui a mystérieusement cessé de transmettre ses rapports.
Sur place, une atmosphère étrange :
- des couloirs allumés par intermittence,
- des postes de travail abandonnés,
- des logs audio interrompus en plein milieu d’une phrase,
- une odeur de brûlé,
- des traces métalliques et organiques mêlées…
Le scénario se dévoile par petites touches, à la manière d’Isolation :
notes, terminaux, discussions radio, éléments visuels dans l’environnement.
Une galerie de survivants fragmentée
Tu n’es pas totalement seul.
Quelques survivants, dispersés dans la station, sont chacun confrontés à leurs propres dilemmes :
- un ingénieur barricadé qui refuse d’abandonner son poste,
- une pilote blessée qui tente de maintenir un vaisseau opérationnel,
- un scientifique qui en sait clairement plus qu’il ne le dit,
- des membres de sécurité traumatisés jusqu’à l’irrationnel.
Plutôt qu’un grand récit, Rogue Incursion raconte des fragments d’humanité brisée, dans un décor qui ne laisse aucune place à la faiblesse.
Une montée en tension maîtrisée
- Exploration prudente, avec l’angoisse du premier contact.
- Découverte de l’origine de la contamination.
- Affrontements inégaux, où la station devient un piège labyrinthique.
- Révélations sur l’implication d’une corporation, fidèle à l’ADN de la saga.
- Final nerveux où l’objectif n’est plus de comprendre, mais de s’échapper ou de survivre quelques minutes de plus.
Ce n’est pas l’histoire la plus révolutionnaire de la licence, mais elle tient debout, elle fonctionne, et surtout :
elle offre cette sensation que quelque chose a mal tourné très vite, comme dans chaque bon Alien.

Un nouveau chapitre pour les fans, une incursion mémorable pour les autres
Alien Rogue Incursion n’essaie jamais de plaire à tout le monde.
Et c’est précisément ce qui fait sa force.
Là où de nombreux FPS misent sur le spectaculaire, la fluidité extrême ou la puissance des armes, le jeu fait le choix rare presque courageux de remettre le joueur au centre de sa propre vulnérabilité.
On avance lentement, on respire mal, on économise chaque balle, et l’on apprend à appréhender l’ombre comme un vrai danger.
Ce n’est pas un shooter à la chaîne : c’est une expérience tendue, minutieuse, où l’on survive plus qu’on ne combat.
Le studio Survios livre un titre imparfait, parfois rugueux, mais toujours cohérent et honnête dans sa proposition.
On sent un amour profond de la licence, une volonté de respecter l’iconographie Alien sans tomber dans la répétition ou la nostalgie forcée.
Le résultat est un FPS qui, sans révolutionner la saga, réussit à s’inscrire dans sa continuité en offrant un nouveau point de vue : celui d’un humain ordinaire, perdu dans un environnement industriel qui ne lui veut pas du bien.
Pour les fans de l’univers, Rogue Incursion est une évidence.
Pour les curieux, c’est une porte d’entrée surprenante mais remarquable.
Dans tous les cas, c’est un jeu qui se vit, qui se respire, qui se traverse avec prudence et qui rappelle que le plus grand ennemi de l’homme dans l’espace n’est parfois que… l’espace lui-même.
Une incursion réussie, sombre, oppressante, et parfaitement dans l’esprit de la saga.

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