Quand on commence à héberger soi-même des serveurs de jeux, on finit assez rapidement par rencontrer les mêmes problèmes : comment installer proprement un serveur ? Comment le démarrer, l’arrêter ou le redémarrer ? Comment gérer ses fichiers ? Comment limiter les ressources ? Comment consulter les logs sans passer sa vie dans un terminal ?
C’est précisément le genre de problème auquel Calagopus cherche à répondre.
Présenté comme un panneau moderne de gestion de serveurs de jeux open source, Calagopus permet de déployer, administrer et surveiller des serveurs depuis une interface web. Le projet est développé en Rust pour le backend et utilise React pour son interface.
Et si le nom vous dit quelque chose, ce n’est probablement pas un hasard : Calagopus s’inspire directement de Pterodactyl, dont il reprend notamment le principe de gestion de serveurs dans des conteneurs Docker.
Mais Calagopus n’est pas simplement un petit fork avec une nouvelle interface. Le projet a été réécrit en Rust avec l’objectif de proposer une architecture différente, davantage orientée performances, sécurité et extensibilité.
Alors, qu’est-ce qu’on peut réellement faire avec ?

Calagopus, c’est quoi ?
Commençons par le plus simple. Calagopus est une interface de gestion de serveurs de jeux.
L’idée est de pouvoir gérer depuis une interface web tout ce qui concerne un ou plusieurs serveurs :
- créer un serveur
- démarrer et arrêter une instance
- redémarrer un serveur
- consulter sa console
- lire les logs
- gérer ses fichiers
- gérer les sauvegardes
- attribuer des ressources
- configurer le démarrage
- gérer les utilisateurs et leurs permissions
- programmer certaines actions
- gérer le réseau
- surveiller l’activité du serveur
L’interface regroupe notamment une console en temps réel, un gestionnaire de fichiers, les sauvegardes, les bases de données, les tâches planifiées, les utilisateurs secondaires et différentes options réseau et système.
En clair, plutôt que de gérer chaque serveur séparément depuis le terminal, Calagopus fournit un point de contrôle centralisé.
Et c’est probablement la meilleure façon de résumer le projet :
Calagopus transforme la gestion technique d’un serveur de jeu en une interface d’administration centralisée.

Mais Calagopus ne fait pas tourner les serveurs tout seul
C’est là qu’il faut commencer à comprendre son architecture. Calagopus est constitué de plusieurs éléments.
Le premier est évidemment le Panel.
Le Panel
C’est la partie que l’utilisateur voit.
C’est l’interface web et le backend qui permettent notamment de gérer :
- les utilisateurs
- les serveurs
- les configurations
- les permissions
- les sauvegardes
- les tâches
- les différentes ressources
Mais le Panel n’est pas directement responsable de faire tourner votre serveur Valheim ou Minecraft.
Pour cela, Calagopus utilise un autre composant : Wings.
Wings : le petit bras armé de Calagopus
Wings est le daemon qui s’occupe réellement de faire tourner les serveurs de jeux. Il fonctionne sur le serveur qui héberge les instances et utilise Docker pour créer et gérer les conteneurs dans lesquels tournent les jeux.
On peut donc simplifier le fonctionnement comme ceci :
CALAGOPUS
│
▼
┌───────────┐
│ PANEL │
│ Interface │
│ Web │
└─────┬─────┘
│
▼
┌───────────┐
│ WINGS │
│ Daemon │
└─────┬─────┘
│
▼
DOCKER
┌─────────┼─────────┐
▼ ▼ ▼
Valheim Minecraft Rust
C’est une distinction importante.
Le Panel commande.
Wings exécute.
Docker fait tourner les conteneurs.
Et votre jeu tourne finalement dans l’un de ces conteneurs.
Pourquoi utiliser Docker ?
Si vous avez déjà utilisé Docker, le principe vous semblera assez familier.
Chaque serveur de jeu est isolé dans son propre environnement.
Cela permet notamment de ne pas mélanger les installations et les dépendances de différents jeux.
Votre serveur Valheim peut avoir son environnement, votre serveur Minecraft le sien, et ainsi de suite.
Calagopus s’appuie justement sur cette logique de conteneurisation pour gérer les serveurs de manière isolée. Le projet reprend d’ailleurs la philosophie de gestion sécurisée et conteneurisée de Pterodactyl.
Et cela donne quelque chose d’assez intéressant pour un homelab :
Votre serveur
│
├── Calagopus Panel
│
├── Wings
│
└── Docker
│
├── Serveur Valheim
├── Serveur Minecraft
├── Serveur Rust
└── ...
On commence donc à avoir une véritable petite plateforme de gestion de serveurs de jeux.

Et les jeux compatibles ?
C’est probablement l’une des parties les plus intéressantes de Calagopus. Le projet utilise un système appelé Eggs, compatible avec l’écosystème Pterodactyl. Ces « eggs » décrivent notamment comment installer et démarrer un serveur donné.
Grâce à ce fonctionnement, Calagopus peut gérer de nombreux jeux, notamment Minecraft Java et Bedrock, Rust, ARK, Valheim, FiveM et des jeux utilisant le moteur Source. Plus largement, Calagopus indique pouvoir gérer des applications capables de fonctionner dans un conteneur Docker Linux. Cela signifie que Calagopus n’est pas conçu autour d’un seul jeu.
L’objectif est plutôt de disposer d’une plateforme capable d’héberger différents types de serveurs.
Un serveur, mais avec beaucoup plus qu’un bouton « Start »
Une fois un serveur créé, Calagopus propose toute une série d’outils pour l’administrer. On retrouve par exemple
une page Console, qui permet de suivre le serveur et d’utiliser les commandes disponibles.
La section Files permet de parcourir et modifier les fichiers du serveur.
Les Backups permettent de gérer les sauvegardes.
Les Schedules permettent de programmer des actions.
Il est également possible de gérer les bases de données, les allocations réseau, les utilisateurs secondaires ou encore les paramètres de démarrage. Et c’est là que l’intérêt d’un tel outil devient vraiment évident.
Sans panneau de gestion, chacune de ces opérations peut nécessiter différentes commandes, différents fichiers de configuration et parfois plusieurs outils. Avec Calagopus, tout est regroupé au même endroit.
Calagopus n’est donc pas un « serveur de jeu »
C’est probablement la confusion que l’on peut avoir au premier abord. Calagopus n’est pas Valheim, Minecraft, Docker ou simplement une interface graphique. C’est une couche de gestion qui permet d’orchestrer des serveurs de jeux exécutés dans des conteneurs.
On pourrait presque le comparer à un tableau de bord de contrôle :
VOUS
│
▼
┌───────────┐
│ Calagopus │
└─────┬─────┘
│
▼
Wings
│
▼
Docker
│
┌──────────┼──────────┐
▼ ▼ ▼
Valheim Minecraft Rust
Et cette séparation permet aussi de faire évoluer l’installation. Un seul serveur peut suffire pour commencer.
Mais Calagopus est également conçu pour fonctionner avec plusieurs nodes, chacun pouvant exécuter ses propres serveurs via Wings. Un même Panel peut ainsi piloter plusieurs machines.

Et le DB Agent ?
Calagopus possède également un troisième composant, optionnel cette fois : le DB Agent. Son rôle est de gérer le provisionnement de bases de données conteneurisées pour les serveurs.
Ce n’est donc pas nécessaire pour simplement faire tourner un serveur Valheim, mais cela devient intéressant dans une installation plus importante ou dans un contexte d’hébergement de plusieurs services.
On retrouve donc finalement trois briques :
| Composant | Fonction |
|---|---|
| Panel | Interface web et gestion centrale |
| Wings | Exécution et gestion des serveurs |
| DB Agent | Gestion automatisée des bases de données |
Calagopus contre Pterodactyl : pourquoi un nouveau projet ?
C’est probablement la question qui vient naturellement. Pourquoi réinventer quelque chose qui existe déjà ?
Calagopus revendique clairement son inspiration de Pterodactyl, mais le projet a choisi de repartir sur une nouvelle base technique.
Pterodactyl utilise notamment PHP/Laravel, tandis que Calagopus est construit en Rust avec un backend basé notamment sur Tokio et Axum, et une interface React.
L’objectif affiché est notamment de proposer :
- de meilleures performances
- une architecture plus moderne
- une meilleure extensibilité
- une interface renouvelée
- une API d’extensions intégrée au projet
- une compatibilité avec les Eggs de l’écosystème Pterodactyl
- et une migration facilitée depuis Pterodactyl ou Pelican
Calagopus annonce d’ailleurs des gains de performances très importants dans ses propres benchmarks. Attention cependant : ces chiffres concernent le débit du panneau/API sous charge, et non les performances des jeux eux-mêmes ou le nombre de joueurs qu’un serveur peut supporter. C’est une nuance importante. Un panneau plus rapide ne transforme pas magiquement votre serveur en machine de guerre.
Pour qui est fait Calagopus ?
C’est probablement ce qui m’intéresse le plus dans le projet. Calagopus vise aussi bien le homelab, l’utilisateur qui veut héberger quelques serveurs pour ses amis, que les structures qui veulent gérer davantage de machines et de serveurs. Pour quelqu’un qui veut simplement héberger un serveur Valheim pour quatre copains, l’installation peut sembler un peu disproportionnée.
Mais si vous commencez à avoir :
- plusieurs jeux
- plusieurs serveurs
- plusieurs utilisateurs
- des sauvegardes
- des ressources à contrôler
- des tâches automatisées
- plusieurs machines
alors l’intérêt devient rapidement plus évident. Et c’est justement là que Calagopus devient intéressant dans un homelab.

Est-ce compliqué à installer ?
Je vais être honnête : ce n’est pas forcément la partie la plus simple du projet. Calagopus fournit aujourd’hui plusieurs méthodes d’installation et notamment une configuration All-in-One, destinée aux installations sur un seul nœud. Elle permet de réunir Panel et Wings dans une même installation Docker, ce qui simplifie considérablement la mise en place.
La documentation recommande d’ailleurs cette approche pour la majorité des installations mono-nœud. Mais dès que l’on commence à séparer le Panel, les nodes, les reverse proxies, les certificats, les sauvegardes ou différentes machines, la complexité augmente rapidement.
Et c’est assez logique : Calagopus n’est pas une application de bureau que l’on installe en trois clics. C’est une plateforme d’administration de serveurs.
Il faut donc comprendre un minimum ce qui se passe derrière.
Alors, Calagopus, bonne idée ou usine à gaz ?
Pour l’instant, je dirais surtout : c’est un projet particulièrement intéressant à surveiller.
Il reprend une idée qui a déjà fait ses preuves avec Pterodactyl, mais repart avec une architecture moderne en Rust et une volonté claire d’être extensible.
Pour un utilisateur de homelab, l’intérêt est surtout de pouvoir passer de :
« Je dois gérer mes serveurs avec des commandes, des fichiers de configuration et Docker »
à :
« J’ai une interface depuis laquelle je peux gérer mes serveurs. »
Et pour quelqu’un qui veut aller plus loin, l’architecture permet également de multiplier les nodes et les serveurs sans forcément tout reconstruire à chaque fois.

